Étude CHAP : faut-il traiter l’hypertension légère à modérée de la femme enceinte ? Les approches pour l'hypertension légère à modérée suscitent des débats et des recommandations parfois discordantes.
Contexte
L’hypertension artérielle chronique de la femme enceinte est un problème de santé public majeur qui concerne > 2 % des grossesses aux Etats-Unis L’obésité, l’âge et l’ethnie semblent en être 3 facteurs de risque majeurs.
Chez la femme enceinte, l’hypertension est considĂ©rĂ©e comme lĂ©gère Ă modĂ©rĂ©e si elle ne dĂ©passe pas 160 mmHg de PAS et 110 mmHg de PAD. Si en cas d’HTA sĂ©vère de la femme enceinte (PAS > 160 mmHg, PAD > 110 mmHg), il est formellement dĂ©montrĂ© qu’il y a un bĂ©nĂ©fice Ă traiter cette hypertension artĂ©rielle ; en cas d’HTA lĂ©gère Ă modĂ©rĂ©e l’indication n’est pas formellement arrĂŞtĂ©, et il est souvent d’usage de respecter la poussĂ©e tensionnelle afin de limiter l’hypoperfusion fĹ“tale. Toutefois, cette pratique ne repose sur aucun niveau de preuve solides. Ainsi, ce sujet fait l’objet de controverses importantes et les recommandations peuvent ĂŞtre parfois discordantes en ce sens. Â
Méthodologie
Le design de cette étude est un essai prospectif contrôlé randomisé en ouvert pour dans lequel 2 408 femmes atteintes d’hypertension chronique légère à modérée et avant 23 semaines d’aménorrhée ont été inclus. Le recrutement s’est déroulé de manière multicentrique sur 61 sites entre 2015 et 2021. Après randomisation, 1208 sont entrées dans le bras traitement anti-hypertenseur avec un objectif tensionnel < 140 / 90 mmHg et 1200 autres femmes n’ont reçu aucun traitement tant que la PA ne dépassait pas 160/105mmHg. Il n’y avait pas d’obligation en ce qui concerne le choix de la molécule utilisé mais des conseils généraux ont été délivrés aux centres investigateurs en particulier avec des préconisations sur l’usage de la nifédipine et du labétalol. Le critère de jugement utilisé était un composite comprenant prééclampsie ou accouchement prématurée de moins de 35 semaines ou décollement placentaire ou mort fœtale in utéro ou mort néonatale.
Résultats
Les rĂ©sultats principaux montrent un bĂ©nĂ©fice en faveur du groupe traitement vs le groupe contrĂ´le avec une survenue moindre du critère de jugement principal chez les femmes traitĂ©es (30,2 %° vs les femmes non traitĂ©es (37%). Â
L’analyse individuelle des diffĂ©rents composants du composite retrouve une diminution considĂ©rable du risque de prééclampsie (RR = 0,8) et d’accouchement prĂ©maturĂ© avant 35 semaines (RR = 0,8). En revanche, elle n’a pas pu dĂ©montrer de diffĂ©rence significative en ce qui concerne la mortalitĂ© fĹ“tale ou nĂ©onatale, et le taux de dĂ©collement placentaire. En ce qui concerne les autres critères de jugement secondaire, il n’a pas Ă©tĂ© montrĂ© de diffĂ©rence en ce qui concerne les petits poids pour l’âge gestationnel ( <10èmepercentile). Â
Discussion
Les rĂ©sultats indiquent qu’il n’y a pas eu plus de complications maternelles ou nĂ©onatales graves alors mĂŞme qu’une stratĂ©gie visant Ă cibler une pression artĂ©rielle infĂ©rieure Ă 140/90 mm Hg Ă©tait associĂ©e Ă de meilleurs rĂ©sultats de grossesse qu’une stratĂ©gie consistant Ă rĂ©server le traitement uniquement Ă l’hypertension artĂ©rielle sĂ©vère ». Cette Ă©tude marque donc un tournant majeur puisqu’elle rompt avec des annĂ©es de doutes concernant l’indication ou non Ă un traitement antihypertenseur avec un objectif tensionnel utilisé Â
Chez les femmes enceintes souffrant d’hypertension chronique lĂ©gère, une stratĂ©gie consistant Ă cibler une pression artĂ©rielle infĂ©rieure Ă 140/90 mm Hg a Ă©tĂ© associĂ©e Ă de meilleurs rĂ©sultats de la grossesse qu’une stratĂ©gie consistant Ă rĂ©server le traitement uniquement pour l’hypertension sĂ©vère, sans augmentation du risque de poids de naissance petit pour l’âge gestationnel.Â
Le caractère ouvert de cette étude en fait une des limites même si celle-ci se veut une étude en vie réelle, avec une liberté thérapeutique permise au praticien.
Conclusion
La stratégie qui consiste à traiter l’hypertension modérée de la femme enceinte a montré sa supériorité comparativement à une stratégie de respect de la poussée tensionnelle sur un critère clinique tant sur la mère que sur le fœtus avec les médicaments autorisés chez la femme enceinte.
Article réalisé par Nabil Bouali – DES Médecine Cardiovasculaire CHU Poitiers