Quatre nouvelles recommandations ont été publiées au congrès de l'European Society of Cardiology (Munich, 28-31 août 2026) : insuffisance cardiaque, cœur et rein, définition de l'infarctus du myocarde, réadaptation cardiaque. L'essentiel de ce qui change, en quatre points.
Article validé par le Dr Walid Amara.
1. Insuffisance cardiaque : deux phénotypes au lieu de trois
C'est la refonte la plus profonde. La catégorie « FEVG modérément réduite » (41-49 %) disparaît : il ne reste que la FEVG réduite (< 50 %) et la FEVG préservée (≥ 50 %), les patients entre 41 et 49 % relevant désormais du traitement complet de la FEVG réduite.
- FEVG réduite : la quadrithérapie reste le traitement fondamental (bêtabloquant, IEC/ARNI/ARA2, ARM, iSGLT2), à introduire vite et à maintenir même si la FEVG s'améliore.
- ARM en classe I-A dans l'insuffisance cardiaque symptomatique quelle que soit la FEVG, avec surveillance de la kaliémie et de la fonction rénale ; iSGLT2 en traitement fondamental dans les deux phénotypes.
- Sémaglutide ou tirzépatide en classe IIa chez le patient symptomatique avec FEVG ≥ 45 % et IMC ≥ 30, pour la perte de poids et la capacité d'effort.
- Digoxine en classe IIa dans la FEVG réduite symptomatique avec FEVG ≤ 40 %, malgré un traitement fondamental optimal.
- M-TEER en classe I chez le patient symptomatique, hémodynamiquement stable, à FEVG réduite avec insuffisance mitrale secondaire sévère persistante ; assistance circulatoire de longue durée en classe I dans l'insuffisance cardiaque avancée sélectionnée.
- Stades A à D adoptés et « décompensée » qui remplace « aiguë » : l'hospitalisation devient le moment d'intensifier le traitement, pas de différer les décisions.
- Adressage à un centre expert : NYHA III-IV persistante, FEVG ≤ 30 %, décompensations récentes répétées, limitation fonctionnelle majeure.
2. Cœur et rein : la maladie rénale chronique devient une cible thérapeutique
Première recommandation ESC dédiée, coécrite avec la Société européenne de néphrologie. La maladie rénale chronique n'est plus une comorbidité parmi d'autres mais un marqueur de risque, un déterminant du traitement et une cible thérapeutique à part entière. Le cadre proposé s'appelle STAMP : dépister, stratifier, traiter les facteurs de risque, adapter le traitement cardiovasculaire, organiser le parcours.
- Chez tout patient cardiovasculaire : DFG estimé et rapport albuminurie/créatininurie. La créatinine seule est explicitement jugée insuffisante.
- Stades G3 à G5 : équation KFRE pour estimer le risque d'évolution vers la suppléance.
- iSGLT2 dès un DFG ≥ 20 chez le diabétique de type 2 et chez certains non-diabétiques ; finérénone en classe I-A chez le diabétique avec DFG ≥ 25 ; sémaglutide reconnu comme cardioprotecteur.
- Cible de pression artérielle systolique 120-129 mmHg pour un DFG ≥ 30, individualisée en dessous.
Une baisse du DFG inférieure à 30 % après l'introduction d'un IEC, d'un ARA2 ou d'un iSGLT2 est attendue : elle ne doit pas conduire à interrompre le traitement.
Recommandations ESC 2026, maladies cardiovasculaires et maladie rénale chronique
3. Infarctus : une définition recentrée sur le mécanisme
La cinquième définition universelle remplace les cinq types numérotés par trois catégories cliniques : infarctus primaire, secondaire et lié aux procédures. Le socle diagnostique ne change pas : une troponine élevée seule ne fait pas le diagnostic, il faut une lésion myocardique aiguë et des arguments en faveur d'une ischémie.
- Seuils de troponine au 99e percentile spécifiques au sexe, pour corriger la sous-détection chez les femmes.
- Place centrale de l'imagerie (échocardiographie, IRM cardiaque, imagerie endocoronaire), en particulier dans les infarctus secondaires.
- MINOCA désigne désormais une lésion myocardique sans coronaropathie obstructive, et non plus un infarctus confirmé : myocardite et Takotsubo en représentent une part importante.
- Objectif affiché : réduire le surdiagnostic d'infarctus secondaire et harmoniser le langage entre urgentistes, cardiologues et biologistes.
4. Réadaptation cardiaque : indications élargies
Première recommandation ESC sur le sujet, endossée par l'ESPRM et la WONCA. Elle rappelle que la réadaptation, encore largement sous-prescrite, améliore la capacité physique, la qualité de vie et le bien-être psychologique tout en réduisant le risque d'événements ultérieurs.
- Indications étendues bien au-delà du post-infarctus : syndromes coronariens aigus et chroniques et insuffisance cardiaque quelle que soit la FEVG en classe I, fibrillation atriale en classe IIa, valvulopathies après RVA chirurgical ou TAVI, cardiopathies congénitales, porteurs de dispositifs implantables, patients sous traitements anticancéreux cardiotoxiques.
- Programme multimodal et individualisé : évaluation et éducation à l'autosoin, optimisation thérapeutique, entraînement physique, nutrition, sevrage tabagique, accompagnement psychosocial.
- Délais précisés : dans les 14 jours après un syndrome coronaire aigu et au plus tard 30 jours ; dans les 28 jours après un pontage, sans dépasser 42 jours.
- Programmes à domicile, téléréadaptation et formats hybrides reconnus, avec une sécurité comparable aux programmes supervisés en centre.
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Sources : ESC Press Office ; 2026 ESC Guidelines for the management of heart failure (Eur Heart J) ; 2026 ESC Guidelines on cardiovascular disease and chronic kidney disease ; Fifth Universal Definition of Myocardial Infarction ; 2026 ESC Guidelines on cardiac rehabilitation.